Anachronismes

INTRODUCTION
Galerie de tableaux

Le versant littéraire de ce site montre assez quelle est ou ce que fut ma vie intérieure, mais l’homme au pinceau n’est pas tout à fait l’homme à la plume : voici donc son propre parcours, résumé à la première personne…


Né par accident à Nice, un siècle après l’émigration de mes ancêtres en Algérie, je connaîtrai moi-même les déracinements d’un rapatriement difficile en métropole, émigrant successivement des Landes à l’Allier, et de celle-ci à la Saône-et-Loire. Dans les années 1970 la nostalgie des grands espaces entraîne mon père en Argentine, ouvrant mon regard d’adolescent sur une autre culture.


Équipé d’un simple fusain, je m’essaie alors à des croquis divers...

...où le profil « réaliste » d’un Argentin…




… côtoie la silhouette stylisée d’un chat.

Parallèlement à ces balbutiements artistiques, je caresse, jusqu’à dix-sept ans, le rêve de devenir pilote à la façon pionnière d’un Saint-Exupéry, rêve qui dès mon retour en France s’évanouit de lui-même devant les impératifs techniques de l’aviation moderne. Je me tourne alors vers la littérature, dont certains auteurs exercent sur moi une fascination telle, qu’en dépit de mon attirance pour les beaux-arts je décide de me lancer dès que possible dans l’écriture, tout en devenant professeur de lettres.
Je n’ai pas renoncé pour autant au dessin, et jusqu’à la mise en chantier d'un premier roman, m’emploie à rendre mon trait plus sûr, à l'aide d’un modeste pantin articulé, puis aux Ateliers de la Ville de Paris, où posent des modèles vivants.


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Au fil des jours, cependant, l’écriture s’est muée en maîtresse exigeante, supplantant momentanément sa rivale et faisant naître plusieurs romans, dont l’insuccès auprès des éditeurs me ramènera de longues années plus tard à la peinture. De longues années plus tard ? Voire, car au cours de cet intermède littéraire, les arts plastiques s'emploient à leur tour à séduire ma plume sous forme de descriptions iconographiques ou paysagistes.
D’une part, pour m’entrainer à écrire non moins qu'à observer, je visite le Louvre stylo en main, en laissant les œuvres exposées m’inspirer des études où les mots tiennent lieu de couleurs.

D’autre part, la peinture s’invite dans mon univers romanesque, dont le dernier « héros » sera précisément un peintre — observant ici la naissance du jour dans la vallée de l’Èbre, en Catalogne :
Au petit matin, même en août, la vallée de l’Èbre noyée de brumes prenait parfois un étrange aspect grisâtre — nordique — que le plein jour n’avait pas laissé soupçonner. Aussi aimait-il se lever très tôt pour surprendre sa métamorphose, à l’heure où les grillons s’attardaient dans la douceur exquise de la nuit, et que chantait le fleuve, coulée de mercure dans le sombre paysage.
Peu à peu, l’horizon s’éclairait, et le bleu nuit, parti d’Orient, s’étalait sur l’Occident comme une substance colorante envahit un liquide. Derrière la brume opaque qui avait aboli les frontières entre la terre et le ciel, le disque solaire jaillissait, insolite de rotondité encore regardable, brûlait le pourtour ambré de sa chrysalide, déployait enfin son empire dans un rougeoiement insoutenable...
Les Dépossédés, roman inédit
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Mais pour repasser de la littérature à la peinture, encore fallait-il surmonter un obstacle technique, l’apprentissage de la couleur, que j’avais presque complètement négligé jusqu’alors — excepté dans quelques lavis ou aquarelles de jeunesse. Plusieurs années durant, je m’initie donc au pastel et à l’acrylique, pour privilégier finalement la peinture à l’huile, qui se révèle mieux adaptée à ma lenteur d’exécution ainsi qu’au réalisme de mon style.
Les deux consœurs, collage, encre et lavis

Fruits défendus, collage, crayon, encre, acrylique

Sabine, encre et aquarelle

Parvenu ainsi à pied d’œuvre, j'ai souhaité donner un certain sens à mes peintures, ce qui, à en croire Jean-Paul Sartre, serait l'apanage de la prose. Quoi qu'il en soit, la thématique autour de laquelle s’est constituée la série de tableaux présentée ci-après a germé sur un terrain que j’avais défriché bien avant de prévoir qu’il lui servirait de terreau.

En effet, l’amour de la Grèce qui a sous-tendu jusqu'à présent mes toiles et leur a servi de prétexte est entré d’abord dans mon existence sous une forme livresque, avec la découverte des auteurs antiques et du rôle que joue chez Platon le monde des
idées, ces « visions » de l’esprit. Quant à la rencontre effective de la Grèce, je la dois notamment à ma seconde épouse, femme modèle à tous les sens du terme.

De là sont sorties des scènes « mythologiques » transfigurées par une réinterprétation de leur symbolisme. Alexandre Dumas disait que l’Histoire était le clou auquel il accrochait ses tableaux : de façon analogue, j’ai voulu que mes compositions soient rattachées à ces mythes qui nous font encore rêver, même — et surtout — quand leur signification nous échappe, et qu’ils nous invitent à la réinventer…

Si les œuvres picturales étaient précédées, comme certains livres, d’épigraphes permettant d'en indiquer l'esprit, j’emprunterais volontiers à Montherlant celle qu'il a placée au début de son dernier roman, pour dédier mes tableaux
aux intelligents et aux sensibles, car si l’esthétique est étymologiquement l’art de faire sentir, cet art n'a-t-il pas besoin de notre intelligence pour être parfaitement appréhendé ?











Galerie de tableaux
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